ESSAI ALPINE A 390 GT 400 CH, UNE SPORTIVE EN COSTUME
@ Paul Verdbois
Une phrase empruntée à un communiqué de Presse d’Alpine résume parfaitement la philosophie de la nouvelle Alpine A 390 GT: ‘Le tout nouveau sport fastback signé Alpine prend à son compte l’ADN de la marque et la conduite exaltante de l’A110, la polyvalence en plus.’ Une définition résumée ainsi: une voiture de sport dans un costume avec le plaisir de conduite signé Alpine.
UN PEU D’HISTOIRE. Grand amateur de rallye, Jean Rédélé, concessionnaire Renault à Dieppe, participe au volant d’une Renault 4CV à plusieurs compétitions dont certaines dans les Alpes. En 1955, il crée la Société Alpine et lance l’Alpine A106 puis en 1958 l’A108, toutes deux sur base de la 4CV. En 1962 nait la mythique A110 qui remportera de multiples victoire dont, en 1973, le premier championnat du monde de rallye. Citons également les nombreuses participations victorieuses aux épreuves d’endurance comme les 24 h du Mans. L’A310 est lancée en 1971 et l’A610 en 1991.
Entretemps, en 1973, Renault, déjà fortement impliqué dans la marque dieppoise, devient l’actionnaire principal sinon unique. En 1995, la production s’arrête et le nom Alpine ne subsiste plus que sur certaines versions de modèles Renault. En 2017, Alpine renait de ses cendres (encore chaudes) avec la nouvelle A110. Enfin, en 2024, Alpine rentre dans l’ère électrique avec l’A260 qui remporte le titre de voiture de l’année et fin 2025, naissance de l’A390, objet de cet article.
UNE ALPINE SPORT FASTBACK. Alpine a opté pour un SUV Coupé qui, avouons-le est une parfaite réussite esthétique. Les designers ne se sont pas privés d’accentuer le caractère sportif de l’A390 GT: un capot agrémenté de deux prises d’air factices; un capot sculpté dans l’esprit des voitures de course d’endurance; une signature lumineuse de type LED Matrix avec un effet de poussières cosmiques; un bouclier avec des motifs triangulaires.
Des détails qui lui confèrent une personnalité fortement affirmée avec des réminiscences d’ADN de voiture de compétition. Détail sympathique, au bas du pare-brise, côté conducteur l’on remarque une mini silhouette de la légendaire A110. Pour rester dans la philosophie sportive, les côtés se parent de jantes bicolores de 21’’ (option) chaussées de pneus ultra adhérents Michelin Pilot Sport 4S. L’arrière n’est pas en reste avec une poupe plongeante enrichie d’un modeste spoiler qui accentue le caractère dynamique et aérodynamique de l’A390 GT.
Avec 4,62 m, notre Alpine est 15 cm plus longue que le Renault Scénic dont elle partage d’ailleurs la plateforme mais avec moult modifications. Malheureusement elle perd 7 cm d’empattement au détriment de l’habitabilité arrière.
LA TECHNIQUE. Si l’A390 GT partage la plateforme (AmpR) du Renault Scénic, la similitude s’arrête là. Quatre roues motrices, trois moteurs électriques, un sur le train avant et un sur chaque roue arrière, le tout développant 400 ch et 661Nm de couple, alimentés par une batterie de 89 kW utiles. Évidemment, les voies avant ont été élargies, les suspensions ont été adaptées dans le sens d’un raffermissement et les freins avant disposent de pas moins de 6 pistons et au choix l’on dispose de jantes 20’’ ou 21’’.
Particularité de l’A360, ‘l’ActiveTorque Vectoring’, une technologie maison, qui répartit le couple en entrée, au milieu et en sortie de virage. Le système intervient au meilleur moment pour faire pivoter la voiture de façon instinctive en virage et agit en direct sur la répartition du couple et peut, selon les besoins, privilégier l’une ou l’autre des roues arrière. Il en résulte une agilité qui va de pair avec une belle sensation de sécurité. Avec 49% du poids à l’avant et 51 % à l’arrière, la répartition des masses est idéale au bénéfice de la sécurité.
FRANCO-FRANÇAISE. Le constructeur de Dieppe insiste lourdement sur le caractère français de l’A390. Entièrement conçue et fabriquée en France, l’A390 est assemblée à la Manufacture Alpine Dieppe, ses moteurs à Cléon, et ses batteries à Douai avec des cellules produites principalement en France et donc, exit les produits chinois. Elle intègre également des équipements valorisants issus du savoir-faire français comme des pneus Michelin exclusifs et un système audio Devialet (option).
SUR LA ROUTE. Au chapitre du comportement routier, l’on rentre dans le monde de l’excellence. Évidemment, avec 400 ch et les 661 Nm et ce malgré un poids de 2.100 kg, l’on ne traine pas: 4,8 sec pour atteindre 100 km/h et 200 km en vitesse de pointe (limitée). Les sensations de dynamisme sont bien présentes mais sans brutalité. Mais là ne réside pas la qualité principale de l’A390, sur la route elle est tout simplement impériale! Son terrain de jeu préféré? Les routes sinueuses sur lesquelles, avec une direction des plus précise et des suspensions qui maintiennent parfaitement la caisse , elle procure un plaisir important à son conducteur doublé d’une sécurité pratiquement impossible à prendre en défaut entre autres grâce à ‘l’ActiveTorque Vectoring’ et à sa monte pneumatique.
Mais l’A390 s’apprécie également sur voies rapides et autoroutes. Pour un véhicule pouvant déplacer une famille le comportement de l’A390 est tout simplement impressionnante. Petit bémol, la course de la pédale de freins est relativement longue mais avec l’habitude, l’on s’y fait d’autant plus que le freinage est performant. L’on peut également régler la régénération d’énergie via une molette bleue située au volant qui permet aussi de passer au mode ‘One Pedal’ qui n’a jamais recueilli notre enthousiasme. Autre touche au volant, la touche rouge ‘Overboost’ qui envoie pendant un très bref instant la totalité de la puissance… un gadget à la limite de l’inutile. L’A390 propose pas moins de cinq modes de conduite: Save, Normal, Sport, Perso et Track. Nous nous sommes limités au mode Normal avec quelques incursions dans le mode Save qui permet de limiter légèrement la consommation sans grande perte de puissance… et si vous souhaitez passer votre temps à recharger votre A390, choisissez le mode Sport.
Sans être inconfortable, il est évident que l’A390 n’est pas du style tapis volant surtout sur les routes belges. Les sièges avant Sport Sabelt (option) maintiennent parfaitement le corps mais nous avons pu constater que les sièges ‘basiques’ ne sont pas moins confortables. La position de conduite est proche de la perfection. En bonne voiture électrique, le silence est de rigueur sauf qu’à petite vitesse en ville les deux sons artificiels (au choix) deviennent vite horripilants.
Si les passagers avant seront aux anges, ce sera moins le cas des passagers arrière du fait du rayon genoux relativement restreint, du dossier du siège trop vertical et d’une garde au toit limitée du fait de l’inclinaison et de la luminosité réduite. Et en effet, la lunette arrière frise le minimalisme avec comme conséquence une visibilité arrière des plus médiocre, la visibilité latérale faisant à peine mieux. L’on notera un coffre au volume des plus très généreux avec 532 litres et 1.643 litres sièges rabattus sans oublier les nombreux rangements, tant au niveau de la console centrale qu’au niveau des portes.
Finition et équipements. La finition de l’A390 GT n’a vraiment rien à envier à ses concurrentes haut de gamme et participe ainsi réellement au monde Premium. Certes, notre véhicule disposait des sièges Sport Alpine Sabelt en cuir Nappa bi-ton et des décorations en carbone sergé avec lignes diagonales, mais les sièges d’origine en cuir et alcantara ne font pas tache, bien au contraire du fait des matériaux utilisés.
Le tableau de bord avec ses deux écrans, une réplique très proche de celui du Scenic avec, ô joie, de véritables touches physiques juste en dessous de la tablette tactile pour toute une série de commandes dont la climatisation. Autre raison de se réjouir, le bouton sur le volant qui permet de désactiver les aides à la conduite souvent invasives. L’écran devant le conducteur propose au choix de multiples informations et l’écran central tactile est d’une utilisation aisée….contrairement à celui de certains concurrents. Le système multimédia Android Automotive est des plus performant et complet: commande vocale, recharge du smartphone, planification d’itinéraire, multiples playlists…L’on oubliera facilement l’Alpine Telemetrics Expert (option) avec visualisation de données sportives en temps réel, conseils des pilotes Alpine et défis et médailles sur les challenges de conduite combinant agilité, endurance et puissance. Par contre, des 3 boutons pour sélectionner la marche avant, arrière et point mort sur la console centrale méritent toutes nos félicitations.
L’équipement, pratiquement ultra complet est évidemment digne d’une Premium et l’on se félicitera de la présence d’origine d’une pompe à chaleur mais par contre on regrettera que le chargeur AC de 22 kW et le Pack Driving, avec ses aides à la conduite actives, ne soient proposés qu’en option.
ET L’AUTONOMIE? Très souvent, l’autonomie constitue le point faible des véhicules électriques et notre A390 GT ne déroge pas à la règle. Alpine annonce une autonomie combinée de 485 km pour notre exemplaire équipé de jantes de 21’’(520 km avec jantes de 20’’) soit un kilométrage relativement faible par rapport à ses concurrentes Premium germaniques: BMWiX 50 (805 km) et Mercedes GLC 400 4 MATIC (650 km). Seule l’ Audi Q4 Sportback Quattro Performance ne fait guère mieux avec 530 km.
Bonne surprise, en prenant pour la première fois le volant de notre A390 Gt, le tableau de bord nous indiquait 555 km d’autonomie combinée et moins bonne nouvelle, à peine 330 km sur autoroute, c’est-à-dire à peine 300 km. Cependant, à l’usage, les résultats sont moins favorables. En ville, avec une circulation fluide, la consommation s’est élevée à pas moins de 21,5 kW soit une autonomie de maximum 415 km. Sur route nationale et régionale avec de nombreux tronçons limités à 50 km/h nous avons constaté une consommation de 20,1 kW soit environ 430 km d’autonomie.
Sur autoroute, relativement chargée, 24,3 kW/100 km furent nécessaires soit une autonomie de maximum 300-320 km. Évidemment, les spécialistes de la sécurité routière insisteront sur la nécessité de faire une pause tous les 300 km. Ainsi, il nous a été pratiquement impossible de consommer moins de 20 kW et sans particulièrement torturer la pédale de droite les 30 kW furent très souvent dépassés. Si dans l’absolu les résultats ne sont pas trop défavorables, surtout pour un usage quotidien, ils font cependant pâle figure face aux allemandes précitées et cela malgré une batterie de 89 kW nets.
Avec une puissance de charge de 150 kW sur une borne rapide et sa plateforme 400 volts l’A390 GT ne bat aucun record pour le temps de recharge avec 29 minutes pour une recharge de 15 à 80%. 3 heures pour récupérer de 20 à 80 % pour le plus puissant des deux, et plus de 5 heures pour l’autre. L’on regrettera également que l’A390 GT soit livré avec un chargeur de 11 kW. Un chargeur de 22 kW (option) permet pratiquement de diviser par deux le temps de recharge sur borne lente soit 3 heures au lieu de 5 heures pour passer de 20 à 80% de charge. Point positif, l’A390 est doté de série d’une pompe à chaleur.
L’autonomie peut donc être considéré comme le (petit) talon d’Achille de l’A390 GT.
L’ADDITION SVP. Facturée 67.500€, l’Alpine A390 GT n’est pas particulièrement accessible pour Monsieur tout le monde, surtout si l’on y ajoute la kyrielle d’options dont disposait notre exemplaire qui font exploser la facture à 82.500€ soit un prix digne d’une Premium, à comparer aux 82.340€ de la BMW iX3 50 xDrive de 469 ch à équipement équivalent. L’on signalera cependant que certaines options présentes sur notre Alpine sont loin d’être indispensables comme les Jantes forgées 21 » Snowflake (1.800€), le système audio XtremeSound Devialet (1.200€), l’ Alpine Telemetricx Expert (500€), le ciel de toit en Alcantara (750€), les Sièges Sport Alpine par Sabelt (2.500€) ainsi que les Coques arrière de siège Sabelt en carbone (1.400€). Par contre, vu le prix de base du véhicule, l’on verra d’un mauvais œil de devoir piocher dans son portefeuille pour un chargeur AC de 22 kW (1.500€) ou le Pack Driving (aides à la conduite actives) (1.200€). Paradoxalement, la version GTS de 470 ch, bientôt disponible, qui dispose d’origine de pratiquement toutes les options de la GT, nous parait bien plus intéressante avec son prix de 78.000€. En octobre, au Mondial de l’auto de Paris, Alpine présentera une version plus luxueuse et plus sportive de l ‘A390 baptisée sans doute ‘Atelier Alpine’.Une nouvelle fois l’on notera la rage taxatoire wallonne, héritée des écologistes, avec une TMC de 1.901€ comparés aux 79€ à Bruxelles et 61,5€ en Flandre… l’absurdistan.
Incontestablement, l’Alpine 390 GT est une voiture des plus attachantes. Son design, son caractère sportif, ses qualités routières et son intérieur séduisant convaincront de très nombreux amateurs de véhicules sportifs, malgré son prix et son autonomie relativement limitée, principalement sur autoroute. 🔵
Oct 2026

