ESSAI DS N°8 LONG RANGE JULES VERNE 245 CH, LE PREMIUM À LA FRANÇAISE?
@ Paul Verdbois
Voici plusieurs décennies que les constructeur français ont été rayés du monde du Premium. À l’image de Toyota avec Lexus, Citroën (c’est à dire Stellantis) tente depuis 2014 de s’implanter dans ce segment avec la marque DS, au départ intégrée à la gamme Citroën. Le but? Jouer à armes égales avec les Premiums allemands tels que Mercedes, Audi ou BMW, avec la DS N°8 comme porte-drapeau. Soyons réalistes, la tâche ne sera guère aisée. Depuis 2014, les ventes stagnent à moins de 60.000 ventes, sans parler de la Belgique où les immatriculations se sont limitées à 910 exemplaires en 2025. La DS N°8 lancée en 2025 peut -elle changer le cours de l’histoire?
NE M’APPELEZ PAS SUV… Sommes-nous en présence d’une berline ou d’un SUV? Que nenni! Place à un SUC, autrement dit un SPORT UTILITY COUPÉ! Étonnamment, malgré son aspect quelque peu massif, cette DS N°8 bénéficie d’un très favorable CX de 0,24. Il est clair que tout a été mis en œuvre pour favoriser l’aérodynamisme: poignées intégrées, volets avant actifs, ligne de pavillon basse avec becquet arrière, jantes aérodynamiques, soubassements carénés… Selon le constructeur, tous ces détails permettraient d’accroître l’autonomie sur autoroute d’un peu plus de 70 km… à voir.
NOTRE N°8 D’ESSAI, DANS SA LIVRÉE HAUT DE GAMME collection ‘Jules Verne’, avec ses 4,82 m de long, 1,90 m de large et 1,58 m de haut, ne manque ni de charme, ni d’élégance, ni de dynamisme et d’équilibre grâce entre autres à son capot nervuré, sa calandre translucide rétroéclairée (DS Luminascreen), ses phares DS Pixel LED Vision en ‘V’ qui s’adaptent à l’environnement avec une signature lumineuse complexe, composée de huit points LED dans les phares (N° 8 oblige), ses jantes 21’’ bicolores ainsi que sa ligne de pavillon (noir) basse déjà citée. L’arrière n’est pas en reste avec des éléments verticaux qui rendent le N° 8 reconnaissable de loin la nuit.
UNE FINITION ET DES ÉQUIPEMENTS AU SOMMET. Qui dit Premium dit évidemment finition Premium et dans ce domaine, notre N°8 Jules Verne n’a absolument pas à rougir face à ses concurrentes teutonnes. Nous sommes réellement en présence d’un haut de gamme, que ce soit grâce au parfait ajustement des matériaux utilisés et à leur qualité- cuir nappa pour les sièges- ainsi qu’aux couleurs d’ambiance.
L’on citera comme exemples les superbes caches des haut-parleurs en alu traités au lazer, servant également de poignées de portes ainsi que le revêtement velours du haut du tableau de bord. Comme pour d’autres Premium, ici et là on constate cependant la présence de plastiques durs et peu engageants comme sur le bas de la console centrale et le couvercle de la boîte à gants.
AU CHAPITRE DE L’ÉQUIPEMENT, UN SEUL MOT POUR RÉSUMER: LA TOTALE. Notre collection Jules Verne offre un équipement ultra complet digne de Byzance. Seules trois options sont au programme: le capot noir (600 €), la peinture métallisée ‘Cristal Pearl’ (1000 €) et des jantes Lyra (200 €). Impossible évidemment de citer l’ensemble des équipements mais retenons les plus intéressants: la pompe à chaleur; le DS Active Scan Suspension qui scanne en temps réel les imperfections de la route et adapte la suspension pour garantir un confort optimal; les sièges avant et arrières électriques, chauffants et ventilés, massant à l’avant avec diffuseur d’air chaud au niveau de la nuque; pare-brise chauffant; rétroviseur numérique à double vision qui fonctionne à la fois comme un rétroviseur classique et comme un écran numérique utilisant une caméra montée à l’arrière; le DS Drive Assist 2.0 qui positionne la DS dans sa voie et régule la vitesse en fonction du véhicule qui vous précède; le toit panoramique feuilleté avec protection acoustique et thermique; le hayon motorisé; vitres latérales avant et arrière feuilletées acoustiques ainsi que le pare-brise chauffant; système d’alarme; 4 prises USB-C; Système Hifi Electra 3D by Focal; recharge sans fil de smartphone…
L’INFO-DIVERTISSEMENT EST ÉVIDEMMENT DE HAUT niveau avec un écran de 10,25’’ paramétrable face au conducteur, doublé de l’affichage tête haute et un écran central de 16’’ intégrant le nouveau système d’exploitation ‘DS Iris System 2.0’ qui offre entre d’innombrables fonctions un planificateur d’itinéraire avec les bornes de recharges disponibles et intègre l’état de charge de la batterie. L’écran du GPS, de forme rectangulaire très plate, ne permet pas toujours de bien se situer. La DS N°8 ne déroge pas à la règle qui veut que l’utilisation de l’info-divertissement réclame un certain ‘entrainement’ pour une utilisation optimale d’autant plus que certaines commandes situées de part et d’autre du volant ne sont pas des plus commodes. Point positif, certaines aides à la conduite peuvent être facilement désactivées. Un regret, la banquette arrière n’est ni inclinable ni coulissante.
LA TECHNIQUE. Stellantis oblige, notre DS N° 8 partage son châssis (plate-forme STLA Medium) et sa technologie avec la Peugeot 3008 ainsi qu’avec l’Opel Grandland. La batterie Lithium-ion dispose d’une capacité nette de 97,2kW avec ses 96 cellules prismatiques réparties en 12 modules, le moteur électrique synchrone à aimants permanents développe 245 ch, avec des pics jusqu’à 280 ch et un couple maxi de 345 Nm. Selon certains spécialistes bien informés, la capacité de la batterie ne dépasserait pas les 91 kW. DS annonce une autonomie exceptionnelle de 750 km mais nous y reviendrons par après. L’on regrettera l’absence de chargeur de 22 kW (11 kW dans ce cas), la recharge rapide limitée à 160kW et la tension de la batterie de 360V au lieu de 800 V présents sur de nombreux véhicules Premium.
Deux autres motorisations sont proposées: 230 ch et batterie de 73,7kW et 350 ch avec 4 roues motrices.
UN CONFORT D’EXCELLENTE FACTURE. Qui dit DS associe immédiatement ce patronyme avec ‘confort’ et dans le cas de la DS n° 8, cette association n’est pas usurpée… à quelques détails près. Un silence monacal vous accompagne durant vos randonnées et les sièges avant vous offrent un maintien optimal. Dans la plupart des situations, les suspensions vous traitent de manière douillette. Le coffre vous offre 620 litres et de relativement vastes volumes de rangement entre autres au niveau de la console centrale sont à votre disposition.
Cependant, la perfection n’étant pas de ce monde l’on constate que , malgré la suspension sophistiquée (DS Active Scan Suspension), la DS N°8 n’apprécie guère les pavés bruxellois (ou autres) et les irrégularités conséquentes de nos routes. Sans doute les pneus 245/40 R21 ne sont-t-ils pas étrangers à ce manquement. Mais soyons de bon compte, ceci au service d’un comportement routier de haut niveau. Quant à l’habitabilité, si elle est parfaite à l’avant, à l’arrière, les basketteurs n’y trouveront guère leurs aises du fait de la modeste garde au toit, de l’assise haute des sièges et de l’espace relativement restreint pour les jambes. Heureusement, l’humanité n’est pas faite que de basketteurs.
SUR LA ROUTE 245 CH POUR 2.180 KG… Ce n’est évidemment point le Pérou mais amplement suffisant pour une conduite relativement dynamique et atteindre une vitesse maxi (limitée) de 190 km/h hautement répréhensible. Les 7,8 secondes pour atteindre les 100 km/h sont loin d’être négligeables et, voici quelques années, dignes de véhicules sportifs. Par ailleurs, le couple généreux permet des reprises toniques. Il est vrai que comparée à certaines Premiums germaniques, la DS N°8 peut sembler faire pâle figure mais soyons réalistes, certaines puissances frisent l’absurdité, sinon la mégalomanie étant donné les conditions actuelles de circulation.
Vu sa masse, la DS N°8 n’a aucune prétention sportive, mais elle bénéficie d’un comportement routier des plus sains avec une bonne dose de dynamisme, aidée en cela par la DS Active Scan Suspension. Si le mode Sport limite les mouvements de la caisse en dégradant légèrement le confort sur route dégradée, il améliore nettement le dynamisme. Quant au mode confort, il vous introduit au Nirvana. La direction, une fois le conducteur habitué au volant 4 branches type ‘marine’, est précise, même si elle n’offre que peu de sensations, et le train avant répond parfaitement aux ordres du conducteur.
Trois niveaux de freinage régénératifs sont proposés via des palettes situés de part et d’autre du volant sans oublier le mode One Pedal qui rend la pédale de frein obsolète, pédale dont la consistance n’est d’ailleurs guère séduisante et peut mener à une mauvaise appréciation des distances d’arrêt.
750 KM D’AUTONOMIE… RÊVE OU RÉALITÉ? DS annonce triomphalement une autonomie record de 750 km. Bizarrement si vous configurez votre DS sur le site ds.be, ce sont 692 km qui sont annoncé… Rappelons également les 91 kW signalés par certains spécialistes en lieu et place des 97,kW revendiqués par DS qui par ailleurs affiche une consommation moyenne théorique de 15,9 kW /100 km.
Pour notre part, nous avons consommé 20kW sur autoroute, 16,1 kW sur route et 18,7 kW en ville soit respectivement une autonomie, en tenant compte d’une réserve de 30 km , 450 km, 580 km et 500 km soit loin des 750 km. Cependant, dans le monde des VE, cette DS N° 8 se classe dans le peloton de tête et mérite les félicitations du jury, d’autant plus que notre essai s’est déroulé sous des températures peu favorables situées entre 3 et 8°. Ceci dit, les constructeurs auraient intérêt à annoncer des autonomies plus réalistes.
Vu l’absence de chargeur de 22 kW, la recharge rapide limitée à 160kW et la tension de la batterie de 360V la DS N°8 ne bat aucun record pour le temps de la recharge: 27 min de 20 à 80% sur borne rapide, 6,1 h sur Wallbox 11 kW et 39h sur prise domestique.
PASSONS À LA CAISSE. Dans le monde des Premium, il est évident que l’on ne peut s’attendre à des prix démocratiques. Si le modèle ‘basique’ Pallas de 230 ch s’affiche à 59.210 €, notre DS d’essai, collection ‘Jules Verne’ réclame un allègement de votre compte en banque de 74.910 € auxquels il faut ajouter les 1.000 € de la peinture métallisée ‘Cristal Pearl’. Un budget des plus conséquents mais des plus intéressants comparé aux tarifs des Premiums d’outre-Rhin, vu l’équipement complet du véhicule alors que ses concurrents allemands réclament un effort financier considérable pour disposer d’un véhicule à l’équipement comparable.
Enfin, il n’est pas inutile de signaler la rage taxatoire wallonne avec 1.310,72 € de TMC… à comparer avec les 0 € en Flandre qui, malheureusement, échafaude de nouveaux taux de TMC.
Malgré quelques minimes points négatifs, la DS N° 8 apparaît comme un VE des plus attachants qui, espérons-le, pourra convaincre des clients désireux de s’affranchir de la toute- puissance germanique. 🔵
Feb 2026

