NEUF BD QUI NOUS REPLONGENT DANS L’HISTOIRE
@ Charly
Si les bibliothèques regorgent d’ouvrages ayant pour sujet l’Histoire avec un grand ‘H’, il en va désormais de même pour les bédéthèques dont les rayonnages sont à présent gorgés d’albums consacrés à des événements historiques ou à des aventures vécues dans des pays dirigés par des dictateurs ou autres potentats. En témoignent ces neuf BD qui évoquent tout cela.
‘GUÉRILLERO’, DE MARIA ISABEL OSPINA ET JEAN-EMMANUEL VERMOT-DESROCHES CHEZ DARGAUD.
PROFITANT DU PASSAGE D’UNE UNITÉ DES FARC dans leur hameau au cœur d’une région reculée de la Colombie, Alberto, onze ans, et l’une de ses sœurs s’enrôlent dans le groupe armé. Ils n’ont qu’une idée en tête: fuir la misère et la violence de leur père.
PENDANT PRESQUE CINQ ANS, les deux adolescents vivent la guérilla de l’intérieur, constamment en mouvement, traqués par l’armée régulière. Une expérience à la fois formatrice, dangereuse et sans.issue.
ALORS QU’IL GRAVIT LES ÉCHELONS, Alberto est contraint de déserter avec sa sœur. Quitter les FARC n’est pas une mince affaire, mais ils y parviennent et sont orientés par la police vers un programme de réinsertion. Le bout du tunnel paraît proche, mais le chemin est encore long et ardu pour enfin mener une existence apaisée.
LE SUJET DES ENFANTS-SOLDATS est souvent associé à l’Afrique centrale. C’est vite oublier que le phénomène existe dans le monde entier. En Colombie, par exemple, pays en quasi-guerre civile depuis 1948, l’enrôlement de jeunes adolescents dans les différents groupes armés est une réalité.
C’EST DONC UNE HISTOIRE VRAIE que raconte Maria Isabel Ospina. Elle déroule le fil de la vie d’Alberto par bribes, en courtes séquences chronologiques qui évoquent à chaque fois un souvenir. Le dessin rond et parfaitement maîtrisé de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches traduit le contraste saisissant entre l’âge d’Alberto et l’âpreté de sa vie. Un ouvrage qui nous rappelle que des enfants soldats, c’est encore et toujours d’une actualité brûlante.
‘LES ORIGINES DU CONFLIT ISRAÉLO-ARABE 1870-1950’, DE GEORGES BENSOUSSAN, DANIÈLE MASSE ET YANA ADAMOVIC CHEZ DELCOURT/ENCRAGES.
LA GENÈSE DU CONFLIT ISRAÉLO-ARABE qui a démarré dès les années 1860, et donc bien avant la fin de la Première Guerre mondiale, est paradoxalement méconnue.
COMMENT UNE HAINE IMPLACABLE entre ces deux peuples les a-t-elle poussés à se détruire ? C’est donc bien avant 1914 que ce conflit est né à la fois dans le discours des élites arabes, de la communauté juive séfarade et des sionistes d’Europe orientale.
CETTE GENÈSE COMPLEXE ET SÉCULAIRE est explorée dans cet ouvrage, dans une démarche aussi objective que possible. Elle démontre, et ce contrairement à ce que nombre de personnes pensent, que le conflit israélo-arabe ne trouve pas ses origines en 1948, lors de la création de l’État d’Israël.
AIDÉES PAR GEORGES BENSOUSSAN, historien et spécialiste du Moyen-Orient, Danièle Masse, docteur ès lettres à l’université de Toulon et Yana Adamovic, dessinatrice née à Belgrade, nous plongent de manière hyper documentée, dans l’histoire de ce conflit qui dure depuis plus de 160 ans. Un travail tout bonnement remarquable et plus que largement instructif pour expliquer une situation incroyablement complexe. Un travail ou le graphisme de Yana Adamovic constitue un véritable support visuel à ce récit qui nous plonge dans une actualité plus que cruelle.
‘LAWRENCE D’ARABIE’, DE PÉCAU, DAVIDENKO ET MELONI CHEZ DELCOURT.
DANS LA SÉRIE DÉDIÉE AUX ‘MAÎTRES DE GUERRE’ vient prendre place cet ouvrage qui nous parle de Thomas Edward Lawrence, mieux connu sous le nom de Laurence d’Arabie. Un homme qui était à la fois officier, archéologue et écrivain britannique. Un homme qui entre 1916 et 1918 a joué un rôle clé dans la révolte arabe contre l’Empire ottoman.
ET C’EST JUSTEMENT DE CETTE PÉRIODE que nous parle Jean-Pierre Pécau. Une période qui a pratiquement façonné les frontières du monde arabe. Alors qu’il est basé au Caire en tant qu’officier de liaison, il va inciter les tribus arabes à se révolter face à l’emprise de plus en plus grande qu’avaient sur eux les Turcs.
FIN STRATÈGE, IL ÉLABORE UN PLAN pour une attaque dirigée plus au nord, là où l’armée ottomane ne l’attend pas. Et de fait, la surprise est totale et Akaba tombera. Toutefois, par la suite, et ce consécutivement à des promesses non tenues, il demandera à être relevé de ses fonctions et rentrera en en Angleterre où, à 46 ans, il trouvera la mort dans un accident de moto.
OUTRE UN DOSSIER LARGEMENT DOCUMENTÉ et largement illustré de photos d’époque, les dessins somptueux de Vladimir Davidenko ainsi que les coloris utilisés par Andrea Meloni, illuminent non seulement ce récit, mais le met plus encore en exergue.
‘LA DENT’, DE NICOLAS PITZ ET PIERRE LECRENIER CHEZ GLÉNAT.
‘J’AI DÉCOUPÉ LUMUMBA’, disait l’ex-mercenaire belge Gerard Soete sans états d’âme à la télévision, lors d’une interview filmée. L’homme exhibait deux dents qu’il disait avoir arrachées en 1961, à la mâchoire de Patrice Lumumba, Premier ministre de la République démocratique du Congo, quelques mois après l’indépendance de cette ex-colonie belge.
LUMUMBA? DANS LES ANNÉES 1950, il faisait partie de cette infime minorité appelée ‘les évolués’, traitée avec égards par les colons occidentaux. Intellectuel, grand lecteur, sa vision du monde évolua progressivement au contact privilégié de ces maîtres du pays vers un ardent désir de bousculer l’hégémonie coloniale.
FERVENT DÉFENSEUR DE LA JUSTICE sociale, du panafricanisme et de l’unité africaine, son parcours oscilla entre des discours enflammés dans de grandes conférences et des emprisonnements, voire de la torture, jusqu’à devenir chef du gouvernement! Mais la corruption, les tensions politiques internes, un contexte de guerre civile et les ingérences étrangères menaçaient le jeune État congolais.
AVEC UNE FLUIDITÉ NARRATIVE désarmante, Nicolas Pitz et Pierre Lecrenier reviennent sur le parcours d’une figure majeure de la décolonisation africaine et sensibilisent le lecteur aux réalités des combats nécessaires. Le trait léger et lumineux de Pierre Lecrenier apporte à ce récit passionnant, et cela de manière simple et limpide, la grâce des œuvres éclairantes.
‘J’AI ARRÊTÉ OTTO ABETZ’, DE DIDIER EISACK ET MAXIME GERMAIN À LA CITÉ GRAPHIQUE.
SECONDE GUERRE MONDIALE. Joachim Eisack, un Juif allemand réfugié dans la région lyonnaise, s’engage dans la Résistance. Après avoir participé à la libération de la France en 1944, il retourne en Allemagne comme inspecteur de la Sûreté pour dénazifier la zone française occupée de Säckingen.
C’EST LÀ, QUE SEUL, IL REMONTE LA PISTE qui le conduira à découvrir où se cache sous une fausse identité, Otto Abetz, ex-ambassadeur du Reich en France et général de la SS.
IL ORCHESTERA SON ARRESTATION le 25 octobre 1945 et contribuera à retrouver le trésor du Werwolf, destiné à fomenter une résistance nazie après la guerre. Abetz sera condamné à vingt ans de travaux forcés, mais gracié par le président Coty quelques semaines avant le décès de Joachim qui, lui, ne sera jamais récompensé.
SI L’ON POINTERA LE FORT DOSSIER HISTORIQUE particulièrement bien documenté qui se trouve en fin d’ouvrage, on soulignera le graphisme, mais aussi, et tout spécialement, les coloris bichromies utilisés par Maxime Germain. Une coloration qui plonge le lecteur dans une ambiance glaciale et oppressante. De quoi demeurer constamment dans cette sorte de clandestinité dans laquelle se déroule cet ouvrage qui nous parle de faits survenus durant et après l’Occupation.
‘LES ENFANTS DE LA RÉSISTANCE RACONTENT, D’AURÉLIE NEYRET, MARIE DUVOISIN ET VINCENT DUGOMIER AU LOMBARD.
ALORS QUE LES AUTEURS DES ‘ENFANTS DE LA RÉSISTANCE’ peaufinent le dixième tome d’une série jeunesse désormais incontournable, et faite pour comprendre la Seconde Guerre mondiale, l’heure est venue pour Vincent Dugomier de réaliser un vieux rêve: plonger aux origines de la fiction en racontant -toujours en bande dessinée- le parcours de quelques-uns de ces enfants héroïques, discrets et inspirants qu’il a pu découvrir au fil de son travail.
POUR CE FAIRE, LE SCÉNARISTE a choisi d’adapter les épisodes du podcast ‘Résister!’, développé à l’origine par les éditions Le Lombard et le studio Blynd sur des textes de Philippe Peter, pour permettre aux lecteurs des ‘Enfants de la Résistance’ de découvrir, par le biais d’un canal complémentaire, les témoignages authentiques de véritables enfants résistants.
CHAQUE ALBUM DE LA COLLECTION ‘Les Enfants de la Résistance racontent’ comprendra deux récits de 22 planches chacun. Ce qui donnera l’occasion au public d’explorer à chaque fois deux destins exceptionnels à travers une narration dense et intense.
POUR CE PREMIER OPUS, deux dessinatrices de grand talent ont accepté de relever le défi: Aurélie Neyret connue notamment pour ‘Les Carnets de Cerise’ et Marie Duvoisin pour ‘Une Femme dans la course’. Elles illustrent respectivement les parcours de Josette Forgues-Torrent et de Jean-Jacques Auduc.
PERPIGNAN 1944, JOSETTE TORRENT, 13 ans, se faufile dans un tunnel sombre pour réaliser sa première mission: échanger des documents secrets. Bientôt, elle et son père seront surveillés par la terrible Gestapo.
AÉRODROME DU MANS, 1943. Armé d’un cerf-volant, Jean-Jacques Auduc, 12 ans, espionne les bombardiers ennemis malgré la présence des sentinelles allemandes.
À L’IMAGE DE LA SÉRIE ‘MÈRE’, cette idée de Vincent Dugomier de nous présenter des enfants ayant véritablement œuvré dans la Résistance, est faite pour séduire aussi bien les jeunes à partir de 9/10 ans que leurs parents. Une manière plus en douceur, de raconter tout ce que la guerre génère comme atrocités.
‘LLIBERTAT, JUSQU’AU DERNIER’, YANNICK ORVEILLON, HERVÉ KERROS ET ROBIN MILLET CHEZ MARABULLES.
NÉS AU DÉBUT DU 20e SIÈCLE dans une Catalogne où l’anarchisme est devenu une puissante force politique et sociale, notamment à travers la CNT (Confédération Nationale du Travail), les deux frères Pep et Quico Sabaté s’engagent dans la lutte politique armée contre le soulèvement fasciste du général Franco.
EN 1939, REFUSANT LA DÉFAITE du camp républicain, ils s’attaquent par tous les moyens possibles au régime franquiste: expropriations, expéditions punitives, évasions de prisonniers.
BARCELONE DEVIENT LE THÉÂTRE d’une intense guérilla urbaine animée par les groupes d’action anarchistes que le sinistre commissaire Quintela reçoit pour mission d’éradiquer par tous les moyens, avec l’aide de la Guardia Civil.
LES RANGS DES GUÉRILLEROS s’éclaircissent, mais, malgré les pertes et leur isolement, les deux frères Sabaté choisissent de poursuivre la lutte, jusqu’au dernier.
UN RÉCIT AU PLUS PROCHE DE LA RÉALITÉ, mêlant action, mémoire et réflexion sur le prix de la liberté. Un récit qui ravira tous les amateurs de faits historiques et politiques. Cela d’autant plus, que le petit dossier figurant en fin d’album et s’attachant aux dates clés ayant marqué l’Espagne de 1910 à 2022 en apprend énormément sur ce pays qui est devenu celui de très nombreux vacanciers.
AU-DELÀ, DANS CET ALBUM DE PLUS de 210 pages, j’espère que tout comme moi, vous tomberez sous le charme du graphisme semi-réaliste de Yannick Orveillon, et des coloris très limités, utilisés par Robin Millet. Coloris qui donnent une force qui percute au récit.
‘LE TRÉSOR PERDU DE LA GUERRE D’ESPAGNE – T1’, DE PIERRE-EMMANUEL DEQUEST ET PHILIPPE GUILLAUME CHEZ MARABULLES.
EN PLEINE GUERRE CIVILE ESPAGNOLE, deux idéalistes s’aiment et s’affrontent alors que chaque clan cherche à s’approprier les réserves d’or du pays.
MADRID 1936. MANUEL, ouvrier communiste madrilène, et Lluciana, étudiante catalane anarchiste, se rencontrent au cœur de l’effervescence révolutionnaire.
ENTRE COMBATS SANGLANTS et trahisons politiques, les amants sont pris dans la tourmente. Tandis que Manuel est recruté par les Soviétiques pour convoyer des armes livrées à la République, Lluciana et ses compagnons anarchistes montent une audacieuse opération pour détourner une partie de l’or de la Banque d’Espagne vers Carthagène.
LE DESSIN HYPER RÉALISTE de Pierre-Emmanuel Dequest, allié à une colorisation à l’aquarelle qui, bien évidemment, apporte énormément de douceur à l’âpreté et aux nombreuses violences que comporte ce récit, met plus encore en exergue cette intrigue qui doit se dérouler sous forme de triptyque.
‘THE DOOMED PUMA’, DE GYULA POZSGAY CHEZ PAQUET.
EN 1988, LE PREMIER ESCADRON de chasse du MH 59 a été créé en Hongrie, à Kecskemét. La base aérienne de Dezso Szentgyorgyi a fait revivre le nom et l’insigne du Puma, perpétuant ainsi la tradition.
CEPENDANT, LES PILOTES AYANT PORTÉ l’insigne du Puma qui avaient participé à la Seconde Guerre mondiale sont restés dans l’ombre pendant des décennies. Beaucoup d’entre eux ont été contraints de quitter leur patrie bien-aimée et de commencer une nouvelle vie dans un pays étranger.
BEAUCOUP DE CEUX QUI SONT RESTÉS ont été persécutés. Parmi ceux-là, Lajos Toth, ou ‘Drumi’ comme l’appelaient ses amis, a été condamné à mort par pendaison et exécuté en 1951. Voici son histoire…
C’EST VRAI QU’APRÈS AVOIR COMBATTU aux côtés des alliés, tous ces pilotes, une fois rentrés au pays, sont tombés dans le giron de l’URSS, avec tout ce que cela comportait comme perte de nombre de libertés.
LES AMATEURS DE COMBATS AÉRIENS vont tomber sous le charme des nombreuses planches qui restituent ces derniers dans cet album. Que ce soit en plongées ou contre-plongées, Gyula Pozsgay y excelle, et ce de manière quasi cinématographique. De la bel ouvrage! 🔵
Feb 2026

