QUAND LA BD DÉGAINE SES WESTERNS
@ Charly
Eh oui, ce bon vieux western n’est pas mort. S’il est devenu rarissime dans les salles obscures, il est toujours bien présent dans le 9e Art. Et ce pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.
BILLY THE KID – L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, d’Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse chez Casterman
QUI ÉTAIT RÉELLEMENT BILLY THE KID? Un cow-boy sans foi ni loi, à la solde des plus grands éleveurs que l’Amérique n’ait jamais connus, ou un simple gamin broyé par une société en proie au capitalisme en plein essor? Et combien sont, encore de nos jours, désignés coupables au profit des puissants?
AVEC UN TON RÉSOLUMENT HUMORISTIQUE, qui emprunte au slapstick, voici toute la vie d’un jeune Américain ordinaire qui, en suivant l’ordre établi, deviendra ce que la société projette sur lui: un assassin de la pire espèce.
MAIS COMME SOUVENT, LA VÉRITÉ EST PLUS COMPLEXE. Jeune homme sans famille, Billy, qui décédera avant ses 25 ans, intègre la bande d’un riche propriétaire du comté de Lincoln. Il y apprend à être hors-la-loi dans une sorte de légalité, jusqu’à ce que, trahi par ses maîtres, il décide enfin de choisir qui il est vraiment.
CET OUVRAGE NOUS PROPOSE UN FAR WEST à la fois mythique et démythifié: un monde de riches exploiteurs et de pauvres gars paumés. ‘Un ouvrage qui n’est pas la vérité sur Billy, mais qui n’est pas plus faux que la vérité que l’on trouve dans les livres le concernant. Notre histoire peut être tout aussi juste que celles des historiens, et est bien plus juste que celle du mythe, ça, c’est sûr!’, nous explique Alexandre Chenet, le scénariste.
DU CÔTÉ GRAPHISME, CELUI TRÈS CARACTÉRISTIQUE DE LOÏC SÉCHERESSE, ajouté à la palette de ses coloris pastel réalisés à l’aquarelle, fait en sorte que l’on ne peut qu’adorer cette nouvelle version de la vie du célèbre Billy the Kid.
‘LA LONGUE MARCHE DE LUCKY LUKE’, de Matthieu Bonhomme chez Lucky Comics
DANS LES ÉTENDUES ENNEIGÉES du Minnesota, Lucky Luke est à la recherche d’un garçon blanc enlevé par les Indiens Pieds-Bleus. C’est l’oncle de l’enfant, le richissime M. Cramp, patron de la ‘Cramp Company’, qui lui a confié cette mission.
LUKE SE MET EN ROUTE en direction du camp des Indiens, où il découvre une réalité alternative: le garçon n’a pas été séquestré, mais recueilli et sauvé par les Pieds-Bleus. Âgé de 10 ans et rebaptisé Nuage-Rouge, il est aujourd’hui en danger, car Cramp redoute qu’il devienne l’héritier de la ‘Cramp Company’. Du coup, il a chargé quatre desperados légendaires de l’éliminer. Lucky Luke décide alors de mettre Nuage-Rouge à l’abri au Canada. Mais leur périple ne sera guère de tout repos…
APRÈS ‘L’HOMME QUI TUA LUCKY LUKE’ et ‘Wanted’, Matthieu Bonhomme propose une nouvelle interprétation du personnage créé par Morris. Il interroge le mythe du cow-boy solitaire par le biais du personnage de Nuage-Rouge. Celui-ci fait preuve, derrière son apparence de ‘sale gosse’, d’une finesse et d’une lucidité propres à déstabiliser ce pauvre Luke, dont le statut de célibataire est remis en question.
MATTHIEU BONHOMME PROPOSE AUSSI UN DOUBLE PLAIDOYER, en faveur de la protection de la nature et de la défense des Amérindiens. Quant à l’infâme Cramp, il incarne une figure traditionnelle des États-Unis, celle des capitaines d’industrie prédateurs qui n’ont cessé, tout au long de l’histoire de ce pays, de tenter d’en confisquer les ressources à leur seul profit.
COMME D’HABITUDE LORSQUE MATTHIEU BONHOMME s’attarde à nous conter les aventures de ‘son’ Lucky Luke, ce dernier s’humanise de plus en plus. Quant au crayon de l’auteur et à ses coloris, ils sont tout simplement magiques. Une réussite totale !
‘BRUCE J. HAWKER – L’ÉTOILE DU NORD’, de Christophe Bec et Carlos Puerta au Lombard
PORTÉS DISPARUS APRÈS UNE ATTAQUE EN MER, Bruce Hawker, le jeune Forester et le fidèle lieutenant Lowe réapparaissent au cœur d’une énigme fascinante qui les mène des côtes de Nouvelle-Écosse aux terres gelées du Minnesota.
RUINES OUBLIÉES, SYMBOLES TEMPLIERS, trahisons et révélations se succèdent dans une enquête haletante où les frontières entre Histoire et légendes s’effacent. Chaque découverte soulève une nouvelle question, mais jusqu’où iront-ils pour percer le secret des chevaliers du Temple?
APRÈS UN PREMIER TOME qui signait avec panache le retour du célèbre lieutenant de la Royal Navy créé par William Vance, Christophe Bec et Carlos Puerta poursuivent leur réinterprétation ambitieuse de ce classique de la bande dessinée d’aventure maritime.
FIDÈLE À SON GOÛT POUR LES GRANDS mystères historiques qui irriguent déjà des séries comme Prométhée, Carthago ou Sanctuaire, Bec tisse ici une intrigue où les légendes templières se mêlent aux paysages glacés du Nouveau Monde. Intrigue portée par des dialogues ciselés et un sens du suspense qui ne faiblit jamais. Reste que parler des ‘Templiers’ en… Amérique a de quoi surprendre plus d’un historien. Mais bon!
AU DESSIN, CARLOS PUERTA DONNE TOUTE LA MESURE DE SON TALENT: son trait réaliste, d’une précision quasi documentaire, restitue avec un souffle épique aussi bien les embruns des batailles navales que le silence oppressant des ruines oubliées. Ses ambiances, magnifiées par un travail d’ombre et de lumière remarquable, confèrent à cet album une atmosphère à la fois classique et résolument moderne. Une saga qui rend hommage à l’héritage de Vance tout en imposant sa propre signature.
‘LE MASSACRE DU GANG ENFIELD’, de Chris Condon et Jacob Phillips chez Delcourt
COMTÉ D’AMBROSE, TEXAS. Montgomery Enfield et sa bande de hors-la-loi se retrouvent dans le collimateur d’un Texas Ranger vieillissant, mais toujours en quête de justice, au cœur d’un comté qui tente d’échapper aux violences qui le gangrènent depuis trop longtemps.
ENTRE THRILLER ET WESTERN SANGLANT se déroulant aux abords de la frontière mexicaine, Chris Condon et Jacob Phillips, le duo de ‘Newburn’ et ‘Texas Blood’ nous entraînent dans un drame sombre où les problèmes se règlent à coup de duels au revolver sous un soleil implacable.
C’EST VRAI QUE DANS CETTE BD, l’hémoglobine teinte de rouge nombre de pages, tandis que la violence s’ingénie à être constamment présente. Mais qu’importe tout cela, car c’est essentiellement l’incroyable qualité du dessin de Jacob Phillips qui attire d’emblée le regard. C’est vrai que le fiston de Sean Phillips a de qui tenir.
SUITE À SON DÉCOUPAGE, ses plongées, ses contre-plongées, ses gros et arrières plans, on sent que l’inspiration cinématographique est totalement présente chez celui qui, immanquablement, sublime cet album que ne peuvent manquer tous les amoureux de western. 🔵
Aug 2026


